Le place-making, un moyen pour renforcer la mise en application de la Convention relative aux droits de l’enfant

Lorsque le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies s’est réuni pour sa première session officielle en septembre-octobre 1991, il a mis en exergue les principes généraux qui devraient aider à interpréter et accompagner le processus de mise en œuvre de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. Elle repose sur quatre principes : la non-discrimination, l’intérêt supérieur de l’enfant, le droit à la survie et au développement, ainsi que l’avis de l’enfant.

En 2015, le rôle des espaces publics a reçu une reconnaissance sans précédent, un objectif ayant été inclus aux Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030. Il s’agit de l’objectif 11, cible 7, qui s’engage à « assurer un accès à des espaces verts et publics sûrs, inclusifs et accessibles, particulièrement aux femmes, enfants, personnes âgées et personnes handicapées ».

Les espaces publics peuvent avoir des rôles différents et peuvent être utilisés de diverses manières par toutes les couches de la population. Pourtant, ils sont souvent qualifiés de « salon du pauvre », puisqu’ils revêtent une importance particulière pour les groupes marginalisés et vulnérables, notamment les enfants. Bien qu’ils soient théoriquement ouverts et accessibles, la majorité de ces espaces publics finissent par être des endroits de discrimination, d’insécurité et d’exclusion, en particulier pour les groupes les plus vulnérables tels que les enfants.

Les espaces publics jouent-ils actuellement un rôle important pour promouvoir l’inclusion, en particulier celle des groupes les plus vulnérables ? Le place-making (ou fabrique de l’espace) peut-il aider à renforcer la mise en œuvre de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant ?

Le place-making, une philosophie et un processus à la fois

La fabrique de l’espace est une approche visant à planifier, concevoir et aménager les espaces publics. Cela nécessite à la fois d’examiner attentivement un lieu, observer et écouter les gens qui y vivent, y travaillent et y jouent, et ce pour identifier leurs besoins et leurs attentes. Ces informations sont ensuite utilisées pour créer une vision commune du lieu en question dans le but de créer un bon espace public qui promeut le bien-être communautaire et l’inclusion sociale.

La réponse à la question de savoir si la fabrique de l’espace peut contribuer à la mise en œuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant réside dans la manière dont le place-making peut donner une dimension pratique aux quatre principes généraux :

1. La non-discrimination

Tel qu’énoncé dans l’article 2, alinéa 1 : « Les États parties s’engagent à respecter les droits qui sont énoncés dans la présente Convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction, sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents ou représentants légaux, de leur origine nationale, ethnique ou sociale, de leur situation de fortune, de leur incapacité, de leur naissance ou de toute autre situation. »

La fabrique de l’espace crée des lieux inclusifs qui visent à réduire la discrimination et les tensions sociales entre les collectivités séparées. Le concept d’espaces publics inclusifs ne consiste pas uniquement à créer un espace qui inclut différents groupes communautaires, mais à impliquer ces groupes dans la planification et la conception de ces espaces de manière à favoriser l’inclusion sociale.

2. Intérêt supérieur de l’enfant

Les enfants ont besoin d’un soutien spécial pour pouvoir jouir pleinement de leurs droits, tel que prévu dans l’article 3, alinéa 1 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. »

La fabrique de l’espace promeut la bonne gouvernance et améliore la sensibilisation des autorités locales et des communautés à l’importance d’assurer la participation de tous les groupes communautaires, en particulier celle des plus vulnérables, tels que les enfants. Le rétablissement de la paix aide à rapprocher les acteurs locaux les uns des autres et les encourage à travailler en commun dans l’intérêt supérieur de l’enfant et de son droit de disposer, dans la cité, de lieux sûrs et adaptés.

3. Le droit à la survie et au développement

Ce principe est le plus directement lié aux droits économiques et sociaux des enfants. Il est formulé dans l’article 6, alinéa 2, qui stipule que « les États parties assurent dans toute la mesure possible la survie et le développement de l’enfant ».

La fabrique de l’espace souligne l’importance des espaces publics comme moteurs du développement social et économique, renforçant la sûreté et la sécurité et favorisant l’interaction sociale. Elle promeut aussi la création de bons espaces publics qui améliorent la santé physique et mentale des enfants en encourageant l’activité physique, en réduisant le stress et en assurant un environnement apaisant.

4. Le point de vue de l’enfant

Le principe est formulé dans l’article 12, alinéa 1, qui stipule que « les États parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité. »

En tant qu’approche centrée sur les personnes, la fabrique de l’espace suppose d’examiner, écouter et poser des questions aux personnes afin d’identifier leurs besoins et leurs attentes. Souvent, les enfants sont les principaux acteurs de la communauté dans le cadre du processus de la fabrique de l’espace. Par conséquent, ils contribuent largement à la conception des espaces publics. Les enfants ont naturellement tendance à mieux exprimer leurs points de vue et leurs intérêts par rapport aux espaces publics. Il est donc crucial et logique de les écouter et de respecter leurs points de vue.

L’expérience relative à la fabrique de l’espace dans la revitalisation des espaces publics comme processus de collaboration communautaire permet à la Convention internationale relative aux droits de l’enfant de se concrétiser dans un espace physique où elle peut être mise en œuvre, mais surtout de favoriser l’inclusion sociale. L’amélioration de l’accès des habitants des villes les plus vulnérables à des espaces publics de qualité est un outil puissant susceptible d’améliorer l’égalité, promouvoir l’inclusion et lutter contre la discrimination.

* Rony Jalkh est activiste et spécialiste de place-making